Cécile Philippin

Auteur, compositrice et réalisatrice, Cécile réalise en 2012 son premier film "Les Voix de ma soeur » (1er prix Santé Mentale au festival Imagésanté de Liège, clé d'Argent du festival psy de Lorquin, diffusion TV5 Monde).

Auparavant administratrice puis directrice de production de long-métrages, également pianiste, compositrice et chanteuse, elle a fondé en 2006 la société de production « Sur le Palier », produit deux albums de chansons, puis des films documentaires portant témoignages de personnes en souffrance psychique.

Formée également au montage vidéo et aux langages du web, elle développe en parallèle des sites internet.

Ses autres films : Les Voix de ma soeur Que sait-on sur la schizophrénie ?

Cécile Philippin

Entretien avec la réalisatrice

Vivre en ville est votre 3ème film. Pourquoi avoir traité de nouveau un sujet lié à la psychiatrie ?

Il y a tant d'aspects complexes qui vous saisissent quand vous vous intéressez à ces sujets...Pour les Voix de ma sœur, mon premier film, qui est un témoignage familial, j'ai traité essentiellement du lien avec les proches et avec les soignants.
Pour le second qui était la captation d'un colloque scientifique, j'ai beaucoup appris sur les traitements et les recherches en cours, mais aussi sur les problèmes de réinsertion sociale, de logement ou de travail.

Pour Vivre en Ville, vous avez donc choisi cette approche plus sociale ?

En effet. On évoque souvent l'hôpital quand on parle de psychiatrie, mais en réalité l'hospitalisation est devenue marginale. Plus de 90% des personnes suivies en psychiatrie sont aujourd'hui soignées en ambulatoire et logées en ville. Tout a beaucoup changé en 50 ans, on a encore du mal à le réaliser et c'est ce qui m'a motivée à faire ce film. Ces questions de logement, de revenu, de qualité de vie, d'exclusion sociale ou d'isolement ont évidemment des retombées sur l'état psychique des personnes et aussi sur l'organisation et la continuité des soins.

Comment avez-vous travaillé avec l'association ?

Nous nous sommes rencontrés début 2013 avec un groupe d'adhérents de l'assocation. Ils étaient huit à composer ce groupe qu'ils ont appelé la « Commission film » : 3 soignés, 4 soignants et une comédienne.
Au départ, il y avait le désir de faire un film ensemble et à partir de là toutes les options ont été envisagées : fiction ou documentaire ? Pour raconter quoi ? Pour s'adresser à qui ? Et avec quels moyens ? etc. Nous en avons beaucoup discuté, chacun a écrit sa note d'intention, décrivant ce qu'il espérait du film et dans ce groupe de 8 personnes, il y avait quasiment 8 désirs de film différents ! Il a donc fallu faire des choix et ça n'a pas toujours été facile, mais je crois que nous sommes tous très fiers du résultat final.

Ce résultat repose énormément sur les témoignages, comment avez vous trouvé ou choisi vos témoins ?

Je dirais que c'est plutôt eux qui m'ont trouvée... Il n'y a pas eu de rencontres ni de discussions préalables avec ces personnes. Pour chaque tournage, l'association faisait simplement savoir que je serai présente tel jour à telle heure, que nous faisions un film sur le « vivre en ville » , et que chacun pouvait librement décider d'y participer ou non, de venir témoigner ou non. Nous avions préparé un appel à témoignage et c'est ce questionnaire qui a servi de support pour tous les entretiens.
Les deux journées durant lesquelles il y a eu le plus de volontaires et d'entretiens, c'est une journée de brocante à Bry sur Marne et une journée de peinture organisée pour l'anniversaire de l'association fin 2014. Cette journée, « les 30 arts » a été aussi l'occasion pour les uns et les autres de venir peindre sur le thème « habiter » et de produire ces œuvres originales que l'on voit dans le film.

On ne sait pas de quoi souffrent les intervenants. Pour certains on a du mal à croire qu'ils soient malades.

En effet, c'est aussi tout l'enjeu du film. Dans mes précédents films, notamment « les Voix de ma soeur », il y avait une réelle détermination à dire le diagnostic, à l'expliquer et à l'assumer, pour dé-diaboliser, dé-dramatiser, etc. Mais, ici, le propos n'est pas du tout le même.
Comme le dit très joliment Jacqueline, une des personnes qui témoigne et qui est aussi membre de la commission film : « on n'est pas malade pour tout ! ». C'est de cela qu'il s'agit dans ce film, il ne s'agit pas de la maladie psychique, mais de l'humain et du vivre ensemble.
Je crois qu'en décidant de construire le film uniquement à partir de témoignages de personnes en souffrance psychique, nous avons fait ce que nous pouvions faire de mieux. Il y a une telle sincérité et une telle simplicité dans ces prises de parole. On n'imagine pas tant de lucidité, tant qu'on n'y a pas eu accès...
Le film donne ainsi un aperçu concret du quotidien des personnes et de la diversité des situations : celui qui a un appartement, celui qui n'en a pas, celui qui travaille, celui qui ne peut pas, etc. Il s'agit de préoccupations prosaïques et qui nous concernent tous, malades ou pas.

Quelle est la vocation de ce film ? A qui s'adresse-t'il ?

Comme le dit Jean-Luc, un autre de nos témoins : « l'intérêt, c'est de pouvoir se dire qu'on n'est pas tout seul ». Dans ce sens, je crois que le film a toute vocation à combattre les sentiments d'exclusion ou d'isolement que peuvent ressentir les personnes en souffrance psychique et leurs proches. J'imagine aussi que ces témoignages pourraient être utiles aux soignants qui n'ont pas forcément accès à une parole aussi directe de la part de leurs patients.
Mais la principale vocation du film, à mon avis, est de servir de support pour des débats plus larges sur ces sujets. Je pense depuis longtemps que ces questions ne concernent pas uniquement les personnes qui reçoivent des soins en psychiatrie, ou leurs proches, ou leurs soignants ; elles concernent en réalité une grand partie de notre population : les enseignants, les élus, les voisins, le commerçant du coin, le chauffeur du bus...

pour aller plus loin

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Association Vivre en Ville

66 rue de Coulmiers
94130 Nogent sur Marne

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